L’école plus que jamais

2017 : le constat est lourd. Le citoyen belge est perdu, il a tendance à se sentir seul et désemparé. Il n’a plus confiance en ses élites, ses politiques et ses médias, et rejette l’autre, telle est sa réaction, aussi primaire soit-elle. Comment en sommes-nous arrivés là ? Si on s’en tient à l’enquête « Noir Jaune Blues », publiée par le Soir et la RTBF, « les institutions sont délégitimées, les valeurs-ciment s’effritent l’individu est soumis à diverses dominations avec un sentiment d’une faible capacité à agir, ce vécu de victimes fait que la peur domine. »

Bref, le belge se sent abandonné, le belge se sent seul face au monde.

Et cela, certains partis politiques l’ont bien compris…

Dans ce contexte, certains d’entre eux se servent de la peur des citoyens pour étendre leur électorat. Agir sur la peur, nous diviser, trouver un coupable à nos malheurs … telles sont les stratégies actuelles utilisées par certains de nos élus politiques. Stratégies qui ne sont certes pas récentes mais qui semblent particulièrement efficaces dans le climat d’incertitude qui règne aujourd’hui.

Discours intolérables, xénophobes, accompagnés d’un arrière-goût des années 30. Les dernières élections aux Etats-Unis et les sondages concernant les prochaines élections en France font froid dans le dos. Comment agir ? Comment lutter pour ne pas s’habituer à des discours de rejet et de haine  vis-à-vis des chômeurs, des immigrés, des travailleurs pauvres mais aussi des travailleurs des services publics, des syndicats, etc. ?

L’école n’a-t-elle justement pas un rôle fondamental à jouer dans cette conscientisation ? Eviter le repli sur soi, c’est échanger, c’est apprendre à connaitre l’autre, à se connaitre, à connaitre le monde dans lequel nous vivons.

Et c’est à nous, enseignants, acteurs de l’école, qu’il revient de travailler et d’obtenir les moyens de réaliser ces changements. C’est bien nous qui pouvons tenter de leur transmettre certaines valeurs fondamentales qui les rendront autant que possible des citoyens responsables et éclairés. C’est encore nous qui pouvons, possiblement, jouer un rôle fondamental dans le développement de leur esprit critique, mais aussi d’une certaine ouverture d’esprit qui peut mener à une attitude de tolérance envers l’Autre et la différence.

C’est peut-être également ce travail fondamental de conscientisation et d’ouverture à la complexité du monde, qui les feront s’insurger contre ces personnages aussi provocateurs que dangereux qui occupent aujourd’hui une grande partie des champs politiques et médiatiques. Nous ne nous étendrons pas ici sur les récents et répétitifs discours haineux de certains politiciens du nord de notre pays mais en tant que syndicat il est important que nous montrions notre indignation et notre inquiétude.

L’école a plus que jamais ce rôle à jouer, un rôle rassembleur, fédérateur, créateur d’esprit critique et de citoyenneté. L’école doit aussi impérativement garantir plus d’égalité…égalité dont nous avons fait état dans ce numéro de Tribune, tant cette valeur nous est chère.

Pour que nous, enseignants, puissions être acteurs de changement, nous devons être dans des conditions de travail optimales car notre rôle est colossal.

En tant que syndicat des enseignants, notre devoir est de nous insurger contre ce type de discours dévastateur, nous ne pouvons accepter de nous habituer à des paroles haineuses et politiquement incorrectes. L’école incarne aujourd’hui une lueur d’espoir dans cette grisaille.  Mais pour renforcer cette lueur, nous devons aussi proposer autre chose, montrer aux citoyens que des alternatives sont encore possibles et envisageables.

Nous le devons.

« Au-delà des catégories, des nationalismes, des idéologies, des clivages politiques et de tout ce qui fragmente notre réalité commune, le temps nous semble venu de faire appel à l’insurrection et à la fédération des consciences pour mutualiser ce que l’humanité a de meilleur et éviter le pire. » (Pierre Rabhi)

C. Kerstenne